“En fait, je ne me focalise pas sur un style particulier quand je fais mes morceaux, mais je me tourne de plus en plus vers des sons pour les DJs. Je fais des morceaux à un certain tempo pour pouvoir les mixer avec d’autres titres. Je dis que je fais de la Street Bass. C’est juste un terme global qui réunit tous les styles auxquels je touche. Mes influences sont assez diverses. Bien que je produise des choses assez agressives sous le nom de Starkey, j’écoute beaucoup de trip hop et de de downtempo. […] Je recherche juste du bon son avec des rythmes intéressants et des basses qui sonnent bien.”

Pseudozero : Pour commencer, présente-toi !

Starkey : Je suis Starkey, le maire de Starkville, la cité des Starkbots, alias PJ alias Paul J. Geissinger. Je viens de Philadelphia, PA. Je fais parti des crews Seclusiasis de Philly et Trouble & Bass de New York. Je produits sous le nom de Starkey depuis trois ans maintenant, avant cela j’étais connu en tant qu’Aunt Jessica, qui est devenu le nom d’un groupe dont je faisais parti.

P : Quel est ton background musical… Comment es-tu venu au grime, au dubstep ?

S : J’écoutais des trucs assez variés. J’ai grandit en écoutant de la pop et du hip hop, pas mal de Beatles et de rock des années 60 également. Au lycée, j’ai commencé à écouter du hardcore, du punk rock, du ska et du reggae. Je jouais aussi de plusieurs instruments et j’étudiais la musique classique. Je compose toujours des concertos sous mon vrai nom, parallèlement à mes prods electro sous le nom de Starkey.

J’étais un gros fan de musique électronique il y a quelques années, lorsque je suis venu m’installer à Londres pour 4 mois en 2001. C’est à cette époque que j’ai découvert le garage et la scène urban club anglaise, comme So Solid et The Streets qui venaient juste d’émerger.

Lorsque je suis rentré à Philly, j’ai gardé des contacts avec cette scène. Plus tard j’ai découvert Dizzee et Wiley et ça n’a fait que progresser depuis. Dev79 était à la tête de ce crew, Seclusiasis, et il avait organisé la première battle de laptops en ville, ce qui m’intéressait. On a commencé à parler… Et il se trouve qu’il était aussi à fond dans le grime. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’autre qui connaissait cette scène… C’est donc à ce moment-là que j’ai intégré le crew et que l’on a décidé de démarrer la première soirée grime aux Etats-Unis, ‘IN’. J’ai découvert le dubstep via le grime en fait… En cherchant des disques à jouer, à acheter.

P : À quoi ressemble la scène musicale à Philadelphie… Est-ce que les gens et les magasins de disques sont intéressés par ces sons ?

S : Les Etats-Unis en général ne sont pas trop adeptes du grime. C’est un peu trop éloigné du hip hop US. Mais il y a une poignée de personnes qui s’interessent à ce son et le dubstep commence à faire son apparition dans des villes plus grosses un peu partout dans le pays. Mais il n’y a encore rien de la taille des soirées FWD ou DMZ de Londres.

Philly est une ville assez dure. C’est difficile de ramener des gens en soirées, il y a pas mal de compétition. Celles avec lesquelles je suis impliqué passent des styles assez variés, des choses plus dansantes, du hip hop, etc. mélangé à du grime et du dubstep. On essaie simplement de jouer ce qui ce fait de mieux en matière de musique underground urbaine à travers le globe.

Il y a un magasin qui vient d’ouvrir ici qui stocke quelques 12″ de grime et de dubstep, ce qui est vraiment une bonne chose pour sensibiliser ce son à de nouvelles personnes. En général, quand les gens écoutent ce son pour la première fois ils sont assez excités par ce qu’ils entendent… Il faut juste faire en sorte de ramener ce son jusqu’ici.

P : Parle-nous un peu de ton label, Slit Jockey et du Seclusiasis Crew… Comment le crew a débuté ? Pourquoi ?

S : Comme je l’ai dit, Seclusiasis a été monté originellement par Dev79 à Philly. J’ai intégré le crew à peu près au même moment où j’ai commencé à faire des morceaux sous le nom de Starkey. Slit Jockey Records est né de l’envie d’exposer notre son grime et dubstep. El Carnicero, Dev79 et moi nous occupons du label. On a fait un 7″ et un mix-cd qui ont été bien reçus globalement… Mais on a eu du retard sur nos projets avec le label depuis un an, en plus de quoi j’ai bossé sur des disques pour d’autres labels. On devrait sortir des trucs cette année cela dit. Il y a un EP d’El Carnicero qui se prépare et un autre que j’ai presque terminé.

P : Tu es impliqué dans les soirées new-yorkaises Trouble & Bass… Comment s’est fait le lien avec ces gars ? Visiblement vous mélangez pas mal de styles, nurave, breakcore… À quoi ressemble une soirée classique ?

S : Trouble & Bass a été lancé par Drop The Lime et Mathhead à New York. Ils voulaient simplement lancer des soirées qui soient liées à leur label du même nom et ainsi promouvoir leur son. Il n’y a aucune régle concernant T&B, il faut juste que la musique soit efficace. Nous étions amis avant la création de ces soirées et ils m’ont contacté une fois qu’ils l’ont lancé afin que je réalise un mix pour leur site web. C’est ainsi que je suis rentré dans l’affaire.

Ce sont des soirées vraiment dingues. Les gens qui les fréquentent viennent de milieux extrêmement divers et sont assez ouverts pour danser sur du son qu’ils n’ont jamais entendu ailleurs. Vraiment… Peu importe ce que tu joues, c’est vraiment cool parce que tu peux faire des sets très variés. Je n’y suis pas résident parce que je vis à Philly, mais j’y ai pas mal joué.

P : Tu es aussi producteur… Tu as réalisé un EP pour Werk qui marie plusieurs styles lui aussi, grime, idm, electronica… Comment décrirais-tu ton son? Quels sont tes influences?

S : Werk m’a contacté alors que je n’avais jamais entendu parlé d’eux, et ils m’ont dit qu’ils aimaient bien ce que je faisais. Ils m’ont demandé de leur envoyer quelques morceaux et c’est ainsi que le disque s’est fait. Je leur ai aussi fait quelques tracks pour la compilation Grim FM. ‘Local Headlines’ est assez varié… C’est ce qu’ils voulaient. Je traversais une période transitoire dans mon style de production à l’époque, je passais de trucs idm/electronica à des choses plus dansantes, influencé par le grime ou le dubstep.

En fait, je ne me focalise pas sur un style particulier quand je fais mes morceaux, mais je me tourne de plus en plus vers des sons pour les DJs. Je fais des morceaux à un certain tempo pour pouvoir les mixer avec d’autres titres. Je dis que je fais de la Street Bass. C’est juste un terme global qui réunit tous les styles auquels je touche.

Mes influences sont assez diverses. Bien que je produise des choses assez aggressives sous le nom de Starkey, j’écoute beaucoup de trip hop et de de downtempo, comme les premiers Tricky, Portishead, même des groupes comme Alpha. L’influence s’en ressent probablement plus dans Aunt Jessica que dans Starkey. Je recherche juste du bon son avec des rythmes intéressants et des basses qui sonnent bien.

Avant Seclusisas et Trouble & Bass, je n’étais pas impliqué dans la musique électronique… Je jouais du synthé et de la basse dans des groupes étant plus jeune. C’est vraiment parti de l’envie de composer et de jouer ma propre musique, c’est ainsi que je me suis lancé dans la production.

P : Comment vois-tu l’évolution de la scène dubstep aux Etats-Unis depuis quelques années? Comment ce son a été exporté chez vous, par quelles personnes… Et quels sont les soirées, les djs et les producteurs les plus intéressants d’après toi ?

S : Ca a vraiment pris de l’envergure depuis un an environ… Mais ce n’est pas aussi important que le son de Baltimore ou l’électro dans les clubs. Il n’y a qu’une poignée de djs qui jouent du dubstep dans leurs sets, même si plusieurs autres djs en écoutent sur leur iPods. Il y a des endroits plus actifs que d’autres, comme le Texas ou la Californie. Ils ont des soirées dubstep hebdomadaires, ce qui est encore impensable à organiser à Philly.

Hormis les personnes avec lesquels je suis impliquées, sur la côte est Joe Nice répand la bonne parole depuis plusieurs années maintenant et Dj C produit des bons tracks avec une influence reggae. Tactic fait pas mal bouger les choses dans le midwest, Southern produit des morceaux au Texas et Keith P joue pas mal de gros riddims. Sur la côté ouest, Kid Kameleon est le plus pointu en matière de matière de scène underground urbaine, il se tient au courant de tout ce qui se passe à travers le globe… Les Etats-Unis sont tellement vastes. Je ne suis jamais allé en Californie ou au Texas mais avec internet, tout paraît plus près, les connections se font plus facilement.

Je pense vraiment que Trouble & Bass et Seclusiasis sont ce qui se fait de mieux ici pour l’instant cela dit. Je suis content d’en faire parti.

P : J’ai vu que Dev79 avait bossé avec quelques mcs grime anglais pour la mixtape Slit Jockey… Comment avez-vous réussi à les faire poser? Tu t’es déjà rendu en Angleterre, quelles sont les différences majeures entre leur scène et la votre?

S : Le retard que l’on a pu avoir avec Slit Jockey est justement lié au fait que l’on a bossé avec des mcs. Pour le mix-cd on a eu des vocals via internet mais aussi en personne. On a rencontré Kano et Ghetto dans leur chambre d’hôtel à New York par exemple. On avait apporté mon PC, une petite interface, un casque et un micro, on a les a interviewés pour notre émission radio puis ils ont posé sur du son. Kano a aimé un de mes morceaux, « Leak Riddim », pendant qu’on leur faisait écouter des trucs… Donc ils ont décidé de poser dessus. Le rendu final est vraiment bien.

Je pense que la différence majeure entre les scènes grime et dubstep US et UK, c’est qu’ils peuvent faire des soirées entièrement dédiées à ce son. De toute façon… Ce son est naît là-bas et les gens y sont plus réceptifs. Ici, spécialement dans une ville comme Philly, la musique la plus jouée en club c’est le hip hop et les amateurs de hip hop n’aiment que les mcs américains.
P : Tu sors un disque sur LoDubs cette semaine… Quels sont tes prochains projets ? Un album en préparation ?

S : Pour LoDubs, c’est un 12″ gravé sur une seule face et c’est un de mes morceaux préférés, il s’appelle “Dementia”. C’est pressé bien profond pour un avoir un gros son. C’est limité à 400 copies et le packaging est sympa.

J’ai quelques projets à venir cette année. Comme je l’ai dit, j’ai ce EP en sortie digitale (mp3) pour Slit Jockey que je suis en train de finaliser. Le reste de la liste…

– un remix pour le prochain 12″ de Cardopusher sur Terminal Dusk (ça sort en août).
– un remix pour la compile NonClassical 3 du « String Quartet 2″ de Gabriel Prokofiev sur Nonclassical (CD/digital, sortie en juillet).
– un 12 » pour Rag&Bone / Starksound… Face A « Bounce » , face B « Prism » (sortie en juillet).
– ‘NC-17 EP’ 2×12″ sur Dead Homies avec des remixes de Atki2, DTL, Murderbot, Dev79 & DJ C (sortie en juin ou juillet).
– un split 12″ avec Atki2 sur Terminal Dusk (fin 2007 / début 2008)

… Donc juillet va être bien fourni en sorties en ce qui me concerne.

Sinon, en août, un remix que j’ai réalisé pour le premier single de Cesium 137 sort sur Metropolis Records sous le pseudo MOVES!!!

P : Une petite playlist de tes titres favoris du moment ?

S : Et voilà…
Curses! « Hungry For Love » (Institubes)
Emalkay « Monsters » (Boka)
RSD « Pretty Bright Light » (Punch Drunk)
Radioclit « Hard Working Class Vol 1 » CD
Mathhead « Against All Odds EP » (T&B)
Rustie « Jagz the Smack 12 » (Stuff)
Bjork « Volta » CD
Joker « Kapsize EP » (Earwax)
Dumpvalve All-Stars 2×12″
Dev79 « Street Bass Anthems Vol 1 » CD
Emalkay « The Rogue » (Boka)
D.I.M. « Airbus Baby / Frogger » (Turbo)
Junior Boys « Double Shadow (Kode 9 remix) »

P : Merci beaucoup… Un dernier mot, des remerciements ?

S : Juste un grand merci à tous ceux qui kiffent les beats de Starkbot ! Allez jeter un coup d’oeil sur mon site… www.starkey-music.com et ma page myspace www.myspace.com/starkey… Pour les dernières news.

Liens:
starkey-music.com
seclusiasis.com
slitjockey.com
werk-it.com

Interview et traduction par Pseudozero.
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